2. Le socialisme des Caraîbes (extrait)
A priori le mariage de la révolution cubaine avec le modèle bureaucratique soviétique a tout de l'union de la carpe et du lapin. Les moustaches et la barbe des troupes de Castro renvoient plus à José Marti, nationaliste intransigeant et apôtre de l'identité cubaine, qu'à Joseph Staline. Cigare au bec et mitraillette au poing, les castristes ont au départ tout pour inquiéter les hommes de Moscou : leur révolution présente l'aspect jovial et insolent des victoires irrespectueuses et improvisées. Fidel Castro clame haut et fort son refus du communisme et affiche un nationalisme intransigeant, s'apparentant davantage au style d'un caudillo latino américain qu'à celui d'un commissaire du peuple.
Certes Castro et ses hommes confisquent les biens "yankees" tout en prêchant doctement l'avènement d'un "homme nouveau". Mais ce faisant ils se comportent davantage en vengeurs d'un peuple outragé qu'en adeptes scrupuleux du marxisme léninisme.
S'invitant en plein réveillon à partager le repas de gala encore chaud de la bourgeoisie américaine et de "l'infâme Batista", les castristes se contentent dans un premier temps d'afficher des mauvaises manières : ils laissent tomber leur cendre sur la moquette des hôtels de luxe pour américains fortunés et s'emparent des demeures de maître laissées à l'abandon. Grâce à ce mélange d'arrogance et de naïveté, la révolution cubaine apparaît comme porteuse d'une formidable utopie, d'une possible expérience d'un socialisme différent de celui de l'URSS, parce que plus humain, plus chaleureux, et construit sous d'autres latitudes.
La guerre froide et l'intransigeance des américains en décideront autrement : sommé de choisir son camp, Castro ira chercher refuge à l'ombre du grand frère russe. L'"abrazo" (accolade) des "compañeros" (camarades) russes se transforme vite en une étreinte étouffante. Après la colonisation espagnole et le néo colonialisme américain, Cuba devient un satellite de l'empire soviétique, le porte avion des antennes russes en territoire ennemi. Une dépendance que Cuba paiera plus tard au prix fort.
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