1969 jours se sont écoulés depuis le 18/03/2003, jour de l'arrestation de Ricardo Gonzalez à La Havane, soit 5 année(s), 4 mois, 3 semaine(s), 2 jour(s), 17 heure(s), 6 minute(s)
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Ricardo González Alfonso |
Journaliste indépendant, Ricardo González Alfonso a été condamné à 20 ans de prison. Il est le directeur de la société de journalistes Manuel Márquez Sterling, correspondant à Cuba de Reporters sans Frontières, et directeur de « De Cuba », la première revue indépendante à paraître (sans autorisation) dans le pays depuis la révolution (bimestriel, deux numéros parus).
Le procès s'est tenu le 4 avril au Tribunal municipal du district du 10 Octobre, à La Havane, lors d'une audience unique longue de 6 heures, et à laquelle comparaissait également Raúl Rivero Castañeda.
- Les deux journalistes étaient inculpés en vertu de l'article 91 du code pénal, qui prévoit de dix à vingt ans de prison « ou » la peine de mort pour le crime d'atteinte à « l'indépendance ou l'intégrité territoriale de l'Etat . »
- Huit témoins à charge ont été cités, dont deux connus comme des journalistes indépendants, Manuel David Orrio et Nestor Baguer, qui se sont avérés des indicateurs travaillant pour le gouvernement. |
Au lecteur
Jai écrit les poèmes du recueil "Hommes sans visage" clandestinement, du fond dune cellule disolement de la prison Kilo 8, située dans la province de Camagüey, à Cuba. Mais « Témoin » sinspire dune expérience que jai endurée au Centre dInvestigations de la Sécurité de lÉtat, à La Havane, où jai cohabité avec différents prisonniers de droit commun
Ricardo González Alfonso
HOMMES SANS VISAGE
Traduit de lespagnol (Cuba) par Jacobo Machover
LA FICHE
Ils ont donné lordre.
Ils ont fouillé il par oeil
feuille par feuille
dans mon arbre généalogique
depuis Adam jusquà mes vers.
Ils ont donné lordre.
Le Figaro dans son ardeur
a rasé mon raisonnement
pour me dépouiller de mes illusions
et de mes cheveux.
Ils ont donné lordre.
Dans un cimetière de papier
avec des linceuls dencre
ils ont enterré mes empreintes.
Ils ont donné lordre.
Ils ont capté mon visage
pour mieux me capturer
comme dans le conte du loup.
Ils ont donné lordre.
Ils mont assigné un chiffre
pour pouvoir me déchiffrer
dans cette équation
où lun nest personne.
Ils ont donné lordre
qui métait destiné depuis toujours :
durant deux décennies
me maintenir reclus.
Ils ont donné lordre.
Je nai plus ma liberté.
Mais je suis libre.
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CROQUIS
De lArctique à lAntarctique
quatre pas.
Du couchant au levant
seulement deux et un soupir.
Toujours au nord
quinze barreaux
en guise de porte
cadenassée.
Toujours au sud
une lucarne
grillagée
indiscrète
comme une vieille fille.
Scellée au mur la couchette
solitaire
lévier scellé.
Dans un coin de lhorizon
un orifice mélancolique
et un tube tête baissée
maquillés en salle de bain.
Et sous un ciel en béton
illuminé
par un astre de cristal
je chante.
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À Lorenzo Enrique, compagnon de cellule
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À mes compagnons condamnés au cours du même procès et détenus à la prison de Kilo 8
APRÈS LAPOCALYPSE
À cet instant infini
avec la tendresse indemne
avec le courage invaincu
même
entre quatre murs
cardinaux
le désespoir
et lespoir
me révèlent
deux semblables
sentiers
et je mécoule
au sein dun univers
de vers.
Alors
jai une vision
pathétique :
de lhorreur à leffroi
du chant au désenchantement
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je me réincarne
dans mes cantiques
de captif
et je frémis
au fond de mon âme.
Puis
jai une vision
poétique :
je contemple cet oasis céleste
au coin de lenfer
où nous alternons
plaisirs et pleurs
vers et versets
et nous partageons
notre pain
avec des anges prisonniers
dans lAverne.
De retour
aux confins de lépouvante
je sens
la lettre et le sang
dans toute la prison.
Je doute de mes doutes
et jaime.
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