Les vacances de Mister Moore à Cuba
11/10/2007 à
07:28
Le dernier opus de Michael Moore est un amalgame sans queue ni tête de témoignages et d'affirmations jamais démontrées sur le système de santé américain.
Le film de trop ? Cette fois ci la mayonnaise ne prend plus, ou bien elle a un sale goût rance d'agit prop à la sauce stalinienne. Michael Moore a beau refaire avec talent son numéro d'ingénu obèse qui découvre les infortunes de ses concitoyens, ça ne passe plus. Le dernier opus de Michael Moore est un amalgame sans queue ni tête de témoignages et d'affirmations jamais démontrées sur le système de santé américain. Certes les récits de patients américains abandonnés à leur sort par les compagnies d'assurance privées sont affligeants, mais la démonstration sur la puissance des lobbies qui ont empêché la réforme du système est complètement manichéenne. Elle se résume à des montages grotesques où l'on voit s'afficher un chiffre (plusieurs centaines de milliers de dollars) à coté de chaque membre du congrès, et pour finir d'Hillary Clinton, qui avait proposé cette réforme pendant le mandat de Bill Clinton.
Avec ce procédé digne des pires opérations de propagandes staliniennes, on est censé comprendre que la majorité des membres du congrès y compris Hillary Clinton ont été purement et simplement achetés pour ne pas réformer le système de santé américain. Un peu court.
Les motifs de refus de la part des assurances privées aux Etats Unis sont innombrables et ahurissants : une jeune femme de 22 ans atteinte d'un cancer de l'utérus n'a pas été couverte sous prétexte qu'elle était anormalement jeune pour avoir contracté une telle maladie. Une autre s'est vu opposer, lorsqu'elle est tombée gravement malade, qu'au moment de la signature de son contrat, elle avait omis de déclarer avoir été soignée pour une mycose.
Par contre les système britanniques et français sont présentés, un peu rapidement, comme des modèles où tout est gratuit et disponible immédiatement. On apprend ainsi qu'en Grande-Bretagne les plus pauvres reçoivent même de l'argent pour payer leurs frais de transport. On suit la tournée nocturne de SOS médecins à Paris sans jamais voir personne sortir son carnet de chèque comme si s'était un truc gratuit. Michael Moore met certes me doigt sur un sérieux problème aux Etats Unis, mais il nous prend aussi pour des abrutis, ce qui met en défaut sa crédibilité. Je n'ai pas besoin de vous faire un dessin pour la France : un petit tour aux urgences et vous aurez compris. Si vous n'avez pas de mutuelle, je vous déconseille de vous faire hospitaliser : attendez vous à payer une facture très salée à la sortie (plus de 200 euros par jour).
La partie tournée dans un hôpital à Cuba de La Havane suffit en elle même à complètement discréditer un cinéaste dont la malhonnêteté intellectuelle est désormais établie. Cette séquence est un pur exemple de manipulation et de mauvaise foi : elle laisse entendre que n'importe quel étranger peu se pointer dans un hôpital cubain et se faire soigner gratuitement. C'est absolument n'importe quoi, et je sais de quoi je parle car j'ai vécu à Cuba pendant presque deux ans. L'hôpital Almeijeiras où a été tourné cette séquence lamentable est divisé en deux parties bien séparées : une partie pour les touristes ou tout se paye en dollars, totalement interdite aux Cubains, même s'ils ont des dollars pour payer. Et une autre partie réservée aux Cubains, gratuite ou payable en pesos cubains, mais qui ne comporte évidemment pas le niveau de soin et de confort de la partie dollarisée.
Tout les cubains le savent : quand on va à l'hôpital il faut amener ses propres draps, prévoir sa nourriture et ses médicaments. C'est évidemment dans la partie pour touristes,que s'est rendu Michael Moore pour démontrer de façon caricaturale la générosité du système cubain. On aimerait bien savoir à quels marchandages il s'est livré en contrepartie de cette invraisemblable séquence de propagande castriste.
Cette farce grotesque est d'autant plus lamentable qu'elle s'attaque à un problème sérieux : les dysfonctionnements des systèmes de santé dans les pays développés, et en particulier les Etats Unis. Proposer Cuba comme modèle est tout simplement insultant pour ceux qui ont fait confiance à Mister Moore en achetant son film.
Plutôt que de faire le pitre pour étayer une vision du monde manichéenne, on aurait aimé qu'il approfondisse certaines idées comme la puissance des lobbies par exemple, qui a fait plier Hillary Clinton, jadis fer de lance d'un projet de couverture universelle.
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