L'Eglise à Cuba : ne rien faire pour durer "Religion : catholique à 85% avant l'arrivée au pouvoir de Castro" note la fiche de la CIA consacrée à Cuba(1). Une estimation plutôt optimiste dans cette terre de mission où la religion catholique n'a jamais réussi à occuper la même place que dans les autres colonies espagnoles. Certains font même remarquer qu'il porte parfois une croix autour du cou lors de ses premières apparitions en public. Mais l'illusion est de courte durée : en 1961 Castro se déclare subitement "marxiste léniniste" et prononce le 1 mai son discours le plus anti clérical quand il proclame le caractère socialiste de la révolution et annonce que "les curés phalangistes peuvent préparer leurs valises." Une menace rapidement suivie d'effets : avant la fin de l'année il ne reste que 200 prêtres à Cuba. Ceux qui décident de rester sont assimilés à des ennemis en puissance et envoyés dans des camps de travail, comme l'actuel cardinal de La Havane Jaime Ortega. Commence alors une longue traversée du désert pour les chrétiens cubains : les églises ne sont pas officiellement fermées mais on organise des manifestations et des activités politiques le dimanche ou des compétitions sportives sur les parvis. S'afficher en tant que croyant c'est la certitude d'attirer les soupçons et d'être exclu des organisations contrôlées par le parti. Le marxisme et l'athéisme sont enseignés dans les écoles et l'accès aux universités est interdites aux croyants. Les activités religieuses sont soumises au contrôle d'un "Bureau des affaires religieuses" confié à Caridad Diego, une proche de Fidel Castro. Il faut attendre 1985 pour que le régime castriste consente un premier signe d'ouverture : Fidel Castro accepte pour la première fois de rencontrer la conférence épiscopale cubaine. La même année il accorde un entretien fleuve au prêtre brésilien Frei Betto : publié sous forme de livre ("Fidel et la religion") il est tiré à près d'un million d'exemplaires. Un tirage exceptionnel, même pour de la littérature officielle. L'année suivante l'Église tient une première rencontre nationale et affirme vouloir s'insérer dans le régime cubain tel qu'il est : comme preuve de sa bonne volonté elle condamne vigoureusement l'embargo. Cette politique des petits pas aboutit en 1991 à quelques concessions du pouvoir: les croyants sont de nouveau admis à entrer dans le Parti Communiste et le gouvernement autorise la création de Caritas, première organisation caritative confessionnelle qui revendique aujourd'hui 6000 bénévoles. Le révolution accepte non seulement de reconnaître la présence de chrétiens communistes mais aussi l'existence à Cuba de pauvres qui ont besoin d'être secourus. Une sorte de modus vivendi s'installe entre les catholiques et le pouvoir : l'Église obtient sont droit de cité en échange d'une insertion neutre dans le régime et d'un discours strictement oecuménique. Le durcissement de la crise économique à partir de 1990 permet à l'Église par le biais de ses associations caritatives d'occuper un espace grandissant grâce à la distribution de l'aide humanitaire en provenance de l'étranger. L'Église est de fait la seule entité à Cuba (en dehors des entreprises étrangères) qui échappe presque entièrement au contrôle de l'État dans l'allocation de ses ressources et le contenu de son message. Du moins l'Église catholique, majoritaire à Cuba, car les protestants ont choisi de collaborer directement avec le régime. Environ tous les deux ans la caravane des "pasteurs pour la paix" débarque en grande pompe à La Havane avec les bénédiction du gouvernement. Contrairement aux catholiques, les dons recueillis pas "les pasteurs pour la paix" sont remis directement aux autorités locales et aux organisations contrôlées par le parti. 1 CIA world factbook 1994. 2 "la perle des antilles", Gallenga, cité par Fernando Ortiz dans "el pueblo cubano" (1908). |
