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ricardo gonzalez Journaliste indépendant, Ricardo González Alfonso a été condamné à 20 ans de prison en mars 2003 pour avoir dirigé la publication de « De Cuba », la première revue indépendante à paraître depuis la Révolution cubaine de 1959.
1969 jours se sont écoulés depuis le 18/03/2003, jour de l'arrestation de Ricardo Gonzalez à La Havane
Cuba et le tourisme sexuel : Chicas, jineteras, pingueros, l'autre économie cubaine

On le sait Cuba fait maintenant partie des destinations phares pour les célibataires (hommes et femmes) à la recherche d'aventures, le plus souvent payantes. La police a beau se montrer de plus en plus sévère avec les "jineteras", le phénomène réapparait dès que la pression se relache un peu. Pour le gouvernement c'est évidemment gênant de constater qu'il existe à Cuba, comme dans les autres pays pauvres d'Amérique Latine, des filles obligées de se prostituer pour survivre. Ca ne colle pas trop avec le "socialisme heroique" etc...

Certes la prostitution n'a pas été inventée par Castro : elle existait déjà beaucoup sous Batista quand on disait "Cuba, bordel de l'Amérique". Cette phrase maintes fois reproduite et un cliché qui n'a pas vraiment de fondement historique : le nombre de touristes américains sous Batista oscillait entre 250 et 300 000 par an. On est loin des hordes de touristes européens (près de 2 millions en 2004).

Par conséquent si Cuba a jamais été un bordel, c'est aujourd'hui, bien plus que sous Batista. Pendant les années 1990 (de 1992 à 1995 en particulier), la prostitution était légale à Cuba, et les hotels de l'Etat cubain accueillaient sans sourciller les touristes "accompagnés" , moyennant un supplément qui allait directement dans les caisses de Castro : il y a eu, à cette époque un véritable proxénétisme d'Etat cubain, bien plus étendu que sous Batista.

Mais il semble que lorsque le "client" est allemand, français ou espagnol, et sous Castro, c'est beaucoup moins grave que si il est américain et sous Batista.

Toujours est-il que le problème récurrent des "jineteras" est embarassant pour un régime qui s'est toujours vanté d'avoir fermé le bordel des États Unis et d'avoir débarrassé Cuba des trois P ("prostituées, pédérastes , proxénètes").

Aujourd'hui les Européens, les Canadiens et les Mexicains ont remplacé les Américains, mais le dollar fait toujours la loi sur les trottoirs de La Havane. Les cubains les appellent les "jineteras" (écuyères en espagnol) ou les "pingueros" (qui est à la "pinga" ce que le machetero est à la macheta) : de jeunes Cubaines et Cubains qui arpentent les alentours des hôtels à la recherche d'un touriste aux poches remplies de billets verts. Car depuis le début des années 90, Cuba figure sur la liste rouge des destinations du tourisme sexuel.

Ce qui frappe dans le cas cubain ce n'est pas l'ampleur du phénomène, somme toute assez modeste par rapport à d'autres pays, mais la rapidité avec la quelle il s'est imposé. La réapparition de la prostitution, cette tare du régime de Batista que la révolution s'est toujours vanté d'avoir éradiquée figure incontestablement parmi les conséquences les plus impopulaires du développement du tourisme.

Après avoir pratiqué pendant plusieurs années la politique de l'autruche le pouvoir tente aujourd'hui de reprendre les choses en main. Mais il paye au prix fort le laxisme des années précédentes qui a conduit au développement d'un tourisme bas de gamme : le pouvoir a tardé à interdire l'accès des prostituées aux hôtels jusqu'en 1995 et à démanteler les réseaux de proxénètes qui travaillaient avec des agences de voyages.

Fidel Castro l'avait lui même déclaré "La prostitution n'est pas autorisée dans notre pays.. Celles qui le font, le font volontairement et n'ont aucun besoin de le faire. Elles sont instruites et en bonne santé." En réalité comme dans les autres pays de la région c'est bien la crise économique qui a provoqué l'explosion de la prostitution féminine, et plus récemment masculine : la majorité des prostitués, hommes et femmes, provient des milieux marginaux de la société cubaine et des provinces de l'est du pays qui sont aussi les plus pauvres. Depuis 1997, le sujet est pris au sérieux et le délit de proxénétisme et de corruption de mineur a fait son apparition dans le code pénal cubain, même si la prostitution en tant que telle n'apparaît pas comme un délit.

Des rafles massives ont eu lieu dans les grands centres touristiques de l'île comme sur les plages de Varadero, le plus gros complexe touristique cubain situé à 200 kilomètres à l'est de La Havane. Le tourisme sexuel y avait pris une ampleur inquiétante : des charters entier d'étrangers y débarquaient assurés de trouver des jeunes filles dociles venant de tout le pays grâce à des réseaux organisés par des proxénètes. Les réservations ont baissé de 30% la première année, mais la clientèle traditionnelle effrayée par l'ambiance des années précédentes commence à revenir.

Certes la perspective de gagner en une soirée le salaire d'un mois continue à attirer beaucoup de cubaines et de cubains vers le tourisme, mais la police procède désormais régulièrement à des rafles de grande envergure et embarque sans ménagement les suspects, réels ou supposés, en plein milieu des quartiers touristiques.
Cuba a reconnu pour la première fois en 1999 l'existence d'une prostitution massive dans les rues de la Havane.

Plusieurs milliers (au moins 7000 selon les chiffres officiels en 1998) de jeunes filles ont été arrêtées et détenues au "centre de réception et classification de la Havane". La majorité originaires des provinces de l'île ont été réexpédiés manu militari dans leur foyer avec une "carta de advertencia" (avertissement sans frais) les plus récalcitrantes écopant d'un séjour dans une des prisons géantes des environs de La Havane ou dans un centre d'activité et de "rééducation à la campagne" véritables camps de travaux forcés. Des entreprises de promotion touristique ont aussi été sanctionnée pour avoir un peu trop axé leurs campagnes de promotions sur les charmes des jeunes cubaines.

On aurait tort de croire que le phénomène des "jineteras" et des "pingueros" se limite à un simple problème policier : ce qui est en cause ce n'est pas seulement les difficultés économiques que traversent le pays, mais aussi l'absence de repères pour une jeunesse déstabilisée par un pouvoir qui a longtemps confondu endoctrinement et instruction.

Par bien des cotés le jineterisme est une sorte paradigme de la société Cubaine des années 90 qui a décidé de vivre du tourisme et de l'argent des étrangers, autrefois vilipendé par le pouvoir. Le jineterisme, qui peut aller jusqu'au mariage avec un étranger pour pouvoir quitter le territoire, contient en lui même une forme de contestation de l'ordre socialiste : ceux qui le pratiquent vivent souvent en marge de la société et leur "travail" met au grand jour le phénomène de la "pyramide inversée".

A quoi bon travailler dans une entreprise étatique pour être payé en monnaie de singe et pour accumuler les bons points et les médailles en chocolats qui récompensent les "bons ouvriers" et autres éphémères distinction du panthéon des bon élèves du socialisme ? Pourquoi passer toute une vie à jouer la comédie du bon communiste pour décrocher un hypothétique logement ou un bon d'achat en devises alors que la caverne d'Ali baba touristique ouvre grand ses portes aux laissés pour compte du socialisme ?

08 août 2008
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